Embauche et emploi de salariés étrangers : la revue de presse des employeurs – avril 2012
Jeunes diplômés étrangers - difficultés de recrutement - travail illégal et contrôles : les patrons responsables ou victimes
avril 30, 2012
Des entreprises et secteurs en difficultés de recrutement, obligées d’inventer de nouvelles techniques de recrutement
Ce mois-ci, plusieurs articles sur le thème des difficultés de recrutement sont parus dans différents journaux économiques.
Ainsi, dans les centres d’appel, la mauvaise réputation du secteur et le manque de formation rendent les recrutement difficiles ; ces difficultés sont démultipliées lorsque les candidats doivent être multilingues. Pour ces cas, l’embauche de salariés étrangers est sans conteste une solution recherchée par les centres d’appel, malgré les difficultés administratives.
Autre secteur en mal de recrutement : la Boucherie. Le figaro Economie publie ce mois-ci une interview de Yves-Marie Le Bourdonnec, le “boucher le plus connu de France”. Il y a 300 entrants dans ses différents centres de formation pour 100 sortants. Alors que le secteur aurait besoin, rien que sur Paris, de recruter un bon millier de jeunes. Les bouchers sont alors obligés d’aller chercher leurs candidats ailleurs. Yvez-Maris Bourdonnec, boucher connu et propriétaire d’une « boucherie branchée », se sert de sa notoriété pour « recruter large » : parmi ces employés un ancien criminologue, un ancien intermittent du spectacle, et un ex responsable marketting.
Pour de nombreux autres bouchers, une des seules solutions est de se tourner vers l’emploi de salariés étrangers. La pénurie qui touche cette profession est connue des Directions du Travail, qui n’hésitent pas à délivrer les autorisations de travail, lorsque les dossiers sont complets et les conditions respectées.
Le secteur de l’industrie est également touché : ce mois-ci, c’est l’entreprise textile bretonne ArmorLux qui a fait parler d’elle : à l’heure ou la fabrication française est valorisée, les carnets de commande de cette entreprise sont remplis : se trouvant en difficulté de recrutement, elle s’est tournée vers le recrutement de couturières à l’étranger, faute de main d’uvre qualifiée. Par ailleurs, pour palier le manque de formation dans ce secteur, la PME a mis en place un contrat d’apprentissage avec la chambre des métiers de Quimper.
A l’occasion de cette « affaire », le journal le figaro a publié un article intitulé : « quand les entreprises n’arrivent pas à recruter » (23.04.2012)
La journalise Christine Lagoutte explique : “Cette situation n’est pas isolée et nombre de métiers industriels – soudeurs, chaudronniers, fraiseurs…- s’arrachent les cheveux pour trouver les candidats et susciter des vocations”.
Elle donne la parole à François Beharel, président du groupe d’intérim et de recrutement Randstad. “Il y a un vrai paradoxe entre un niveau de chômage élevé en France et des entreprises qui ne trouvent pas de candidats pour des postes en recrutements, qu’il s’agisse de soudeurs, fraiseurs, chaudronniers, techniciens de paie, couturières…. Au total nous évaluons à une cinquantaine les métiers dits en pénurie. Dans notre métier nous ratons environ 30 % des demandes de nos clients parce ce que nous ne disposons pas des ressources et cette situation se dégrade depuis une dizaine d’années. Très concrètement, cela veut dire que notre groupe pourrait générer 30 % de chiffre d’affaires en plus”. (…)”Il faut faire entrer dans la tête des gens, et des jeunes en particulier, que l’industrie, c’est propre et pas forcément bruyant. A cet égard, le BTP a réussi depuis plusieurs années à inverser sa mauvaise image”.
Une meilleure adéquation entre les formations et les postes à pourvoir, et un travail de communication et de valorisation des métiers en pénurie de main d’uvre sont de loin les solutions que les employeurs préconisent le plus fréquemment. Mais en attendant, beaucoup se tournent vers le marché de l’emploi international.
Jeunes diplômés étrangers : toujours des difficultés pour obtenir l’autorisation de travailler
La circulaire Guéant et les difficultés administratives que rencontrent les jeunes diplômés étrangers pour travailler en France à l’issue de leurs études continuent de faire couler beaucoup d’encre dans les journaux français. A ce sujet, le journal Les Echos donne par exemple la parole à plusieurs représentant de grandes écoles françaises, qui défendent la diversité au sein de leurs établissements (article “Favoriser la diversité dans les entreprises”, 27.03.2012, Jean-Claude Lewandowski) :
“Les directeurs d’écoles d’ingénieurs (CDEFI) proposent ainsi de « garantir à tout étudiant étranger issu d’une filière sélective (niveau master et doctorat) la possibilité de travailler en France ». Ils réclament aussi que chaque établissement puisse choisir librement les étudiants étrangers qu’il souhaite recruter. La CPU, de son côté, demande « une grande loi » sur les conditions de séjour et d’insertion professionnelle des étudiants internationaux. Allant plus loin, la CGE préconise de tripler le nombre d’étudiants étrangers. « De quoi renforcer considérablement l’influence de la France dans le monde », estime Pierre Tapie.”
Dans le quotidien Le Monde, Antoine Georges, professeur au Collège de France, s’exprime dans une Tribune pour condamner les difficultés que rencontrent de jeunes gens très brillants, en citant l’exemple de doctorants Russes, Chinois ou Vietnamiens (03.04.2012)
Emploi illégal de salariés sans-papiers : face à l’accroissement des contrôles, les patrons responsables ou victimes
C’est en lisant les journaux locaux et régionaux que l’on prend la mesure de l’amplification de la lutte contre le travail dissimulé et l’emploi de salariés étrangers en situation irrégulière.
Ainsi, le quotidien Le Dauphiné Libéré (Isère) relate la mise à jour d’une filière à Bourgoin-Jalieu : Une opération menée par différents services (notamment les Urssaf et la Bureau Central de Recouvrement) a découvert, sur un chantier, dix ressortissants bulgares titulaires d’un simple titre de séjour touristique, qui travaillent huit heures par jour, sept jours sur sept, comme ouvriers du bâtiment pour 250 euros par mois, et étaient logés dans un appartement de 60 m². Leur patron, un maçon bulgare, était fondateur en Bulgarie d’une société de BTP, mais n’était pas déclaré comme employeur en France. Tous ont été interpelés.
Dans l’Aisne, ce sont une cinquantaine de salariés qui ont été contrôlés ou auditionnés sur des chantiers. Les contrôles ont porté sur les papiers d’identité et les contrats de travail. Cette opération, qui a mobilisé une quarantaine de gendarmes, a mis a jour la présence de quatre salariés étrangers en situation irrégulières. Tous ont été expulsés.
Dans le Nord, à Aulnoye, c’est le patron d’une entreprise de BTP réputée qui est tombée sous le coup d’une jurisprudence très répandue en France. Dans Lavoisdunord.fr (le 30.03.2012), son avocat explique : « Si vous êtes une entreprise française et que employez une main-d’oeuvre étrangère pour effectuer des tâches que l’on vous considère capable de réaliser, surtout s’ils sont payés selon leur barème national, on considère qu’il s’agit de travail dissimulé ». L’entreprise a été condamnée à 5 000 d’amende et son chef à 5 000 d’amende, avec un sursis.
En Corse, la vaste opération qui a mis à jour une filière de salariés roumains, employés dans le BTP et l’hôtellerie-restauration, continue de faire régulièrement la Une de Corse-matin.
Si les secteurs du BTP et de l’hôtellerie-restauration sont ceux qui ont le plus recours à ce type de fraude, les représentants de ces secteurs rappellent que les patrons des PME ne sont pas toujours responsables. A la notion de « patrons filoux », ils opposent celle de « patrons-victimes ».
Deux présidents du BTP, Jean-Jacques Planes pour les P.-O., et André Tiquet pour l’Aude, se sont exprimés sur l’indépendant.fr (“Le BTP dénonce le marché des travailleurs de l’est à bas prix”, le 13.04.2012, Josianne Cabanas), pour alerter sur le phénomène, mais également pour appeler à ne pas stigmatiser les patrons : face aux donneurs d’ordre qui recherchent les prix les plus bas, les entreprises sont tentées de céder à l’attrait du coût de la main d’uvre étrangère, qu’ils paient au Smic, conformément à la loi française, mais qu’il font travailler 70h au lieu de 35h par semaine, dans des conditions précaire.
“A la base, il y a les donneurs d’ordre qui recherchent les prix les plus bas. En face, des entreprises qui mettent en place des systèmes pour pouvoir répondre à des marchés exigeants au moindre coût. C’est ainsi qu’elles en viennent à faire appel à des ouvriers venus de l’est, tous pays où le SMIC est jusqu’à dix fois moins élevé qu’en France. (…)
“Humainement, il faut se mettre à la place d’un chef d’entreprise qui voit la possibilité d’asseoir son activité en utilisant de la main-d’oeuvre étrangère. La tentation doit être forte. Mais il faut qu’il sache que s’il se laisse convaincre, ce sera au détriment des emplois et des équipes déjà existantes”, déclarait André Tiquet.
Cas plus rares : des entrepreneurs sans-papiers
Plus rare, il existe également des patrons et des entrepreneurs sans-papiers. Le site internet de Europe1 a ainsi médiatisé l’histoire d’un patron algérien, connu par les élus locaux comme un « entrepreneur modèle », qui formait de jeunes chômeurs pour les embaucher. La préfecture a pourtant refusé de renouveler le titre de séjour. Sa PME, située dans le Val-de-Marne employait 13 salariés, et a réalisé l’année passée un chiffre d’affaire de 500 000 euros. Il s’est pourtant trouvé obligé de stopper net son activité et de licencier ses 13 salariés.
Céline Bonnet, article publié sur www.questionsdetrangers.com, le blog de Migration Conseil


