Plus de la moitié des habitants des Zones sensibles sont issus de l’immigration
novembre 10, 2011
LObservatoire National des Zones Urbaines Sensibles, créé en 2003, a rendu en début de mois de novembre son rapport annuel.
Si ce rapport apporte des informations générales sur la situation socio-économique des habitants des Zones Urbaines Sensibles, les médias ont surtout retenu que 56,2 % des habitants des ZUS sont issus de l’immigration – majoritairement maghrébine.
RFI (Radio France International) titre à ce sujet : « Un rapport met en lumière le sort des immigrés dans les quartiers sensibles » (03 novembre).
Voici une synthèse des observations faites dans ce rapport (qui ne délivre, en revanche, aucune recommandation ni évaluation des politiques publiques engagées dans les ZUS).
Caractéristiques socio-économiques des habitants des ZUS : des citoyens très défavorisés.
Dès l’introduction, les auteurs du rapport l’admettent : Depuis 2003, la situation n’a pas beaucoup évolué : « toujours deux fois plus de pauvres, deux fois plus de chômeurs, même si un peu moins de délinquance et de meilleurs résultats scolaires. » (comparaison entre les statistiques dans les ZUS et hors ZUS).
Pauvreté
Les habitants des ZUS se caractérisent par une plus grande pauvreté. En 2009, la part des personnes vivant sous le seuil de pauvreté (954 mensuels) y est de 32,4 %, un taux 2,7 fois plus élevé que celui de leurs agglomérations.
Chômage
En 2010, dans les ZUS, plus d’un actif sur cinq est au chômage (20,9%). C’est le niveau de chômage le plus élevé depuis 2003, avec une forte progression entre 2009 et 2010.
L’écart avec les Zones Urbaines environnantes (hors ZUS) se creuse.
Le taux d’activité des femmes baisse.
Le nombre de contrats précaires et d’emplois aidés dans le secteur non marchand est plus important que hors ZUS.
Logement. Santé
Concernant le logement, les habitants des ZUS sont moins souvent propriétaires, et plus souvent locataires de logements sociaux.
Ils déclarent plus fréquemment avoir des problèmes de santé, mais vont moins souvent chez le médecin.
Formation
La moitié des habitants des ZUS ne dispose d’aucun diplôme supérieur au brevet des collèges, (un tiers dans les unités urbaines englobantes).
Le nombre de jeunes en formation semble cependant s’élever.
Sécurité
Un quart des personnes interrogées en ZUS considère que « la délinquance et l’incivilité » est le problème le plus important, bien avant la mauvaise image de leur quartier (c’est beaucoup plus que que les quartiers « hors ZUS »).
Il s’agit surtout d’un « sentiment d’insécurité », car les habitants des ZUS ne sont pas plus souvent victimes d’actes de délinquance que dans les autres quartiers. En revanche, quand ils le sont, ces agressions se déroulent plus souvent dans leur quartier.
La place des immigrés et des étrangers dans les ZUS
Les habitants des ZUS, on l’a vu, se trouvent dans des situations économiques et sociales très défavorables par rapport à la moyenne nationale. Hors, plus de la moitié de ces habitants sont « issus de l’immigration ».
Quelques chiffres :
- 17,5 % des habitants de ZUS sont étrangers (c’est-à-dire n’ayant pas la nationalité française) (contre 8,2 % dans leurs agglomérations), dont près de la moitié originaires des pays du Maghreb.
- Plus de la moitié des habitants des ZUS sont immigrés (c’est à dire nés hors du territoire français) ou descendants d’immigrés (c’est à dire ayant un parent au moins immigré). Parmi ces immigrés, 1/4 ont acquis la nationalité français. Les descendants d’immigrés, eux, sont français à 97%.
Un taux de chômage record
Dans les ZUS, le taux de chômage est, on l’a vu, plus élevé que la moyenne nationale. Or, dans les ZUS, le taux de chômage des immigrés et des descendants d’immigrés est globalement plus élevé que celui du reste de la population. Il est également plus élevé que celui des immigrés qui ne vivent pas en ZUS.
Dans les ZUS, les salaires des immigrés sont plus concentrés autour du Smic que ceux de l’ensemble de la population. Le type d’emploi occupé par les immigrés et les descendants d’immigrés diffère également de celui du reste de la population : plus souvent ouvriers et moins souvent cadres que les autres, en ZUS comme en dehors des ZUS.
Manque de formation, difficultés économiques et sociales… et discriminations
Les discriminations liées à l’origine ou à la couleur de peau sont les plus fréquemment ressenties.
Environ 20 % des immigrés et des descendants immigrés pensent avoir été victimes de traitements inégalitaires ou de discriminations en raison de leur couleur de peau, de leur nationalité ou de leur origine.
En revanche, seulement 3 % des personnes vivant en Zus pensent avoir été discriminées en raison de l’endroit où elles vivent.
Les descendants d’immigrés vivant en ZUS se sentent majoritairement « intégrés », mais rarement considérés comme tel :
« Alors que, en Zus comme hors Zus, près de neuf des¬cendants d’immigrés sur dix se déclarent d’accord avec la proposition « je me sens Français », seulement 57 % d’entre eux en Zus et 79 % hors Zus se déclarent d’accord avec la proposition « on me voit comme un Français ». Ce sentiment de rejet est fortement corrélé au sentiment de discrimination. »
Ces résultats nous permettent d’évoquer, sans tabou, les termes de “ségrégation”, et “ghettoïsation”. Il est urgent de réagir et d’agir.
C. B., article publié sur www.questionsdetrangers.com, le blog de Migration Conseil
Voir la synthèse du rapport de l’ONZUS (16 pages)
Voir le rapport de l’ONZUS ( 304 pages)
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