Fuite des cerveaux :responsables et conséquences

Fuite des cerveaux :responsables et conséquences
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circulation des compétencesA lire l’actualité des politiques d’immigration dans les différents pays d’Europe, les questions de la fuite des cerveaux et du pillage des cerveaux se posent :

  • En Angleterre, le gouvernement a annoncé vouloir imposer un quota d’immigrés non ressortissants de l’Union Européenne… toute en affirmant la nécessité « d’attirer les meilleurs ».
  • En Allemagne, deux responsables du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel ont préconisé des tests d’intelligence pour les immigrants, afin de poser des « critères qui servent vraiment à l’Etat allemand ».
  • En France, l’attraction des immigrés hautement qualifiés fait également partie des grands principes de la politique « d’immigration choisie » mise en place depuis 2007.
  • Le Canada a annoncé récemment qu’il accueillerait en 2010 davantage d’immigrés… hautement qualifiés.

Un « crime international » ?

Pour de nombreux intellectuels africains, cette politique d’attraction des compétences a des effets néfastes importants sur les pays d’origine, qui « se vident de leurs têtes ».

Les chiffres sont édifiants : près d’un quart des diplômés d’Afrique Subsaharienne vivraient à l’étranger. Le Maghreb perdrait, chaque année, environ 50% de ses médecins, 23% des ingénieurs et 15% des scientifiques formés dans ses universités. (source : « La fuite des cerveaux », Newafrican, édition en français, n° 10, p.56-57)

Un rapport de la Ligue Arabe intitulé « Migration des Compétences : hémorragie ou opportunité » (août 2009) met en garde contre cet « exode des cerveaux » et son impact négatif sur le développement économique et social du pays d’origine (coût de formation des diplômés, non contribution à l’effort de développement du pays…).

Le Dr Edward Mills du British Columbia Centre for Excellence in HIV de Vancouver, au Canada, va plus loin : pour lui, le pillage des cerveaux s’apparente à « un crime international » : « Le recrutement intensif de personnels africains déstabilise les systèmes de santé locaux. Il contribue aux crises sanitaires majeures que connaît le continent » ( Source : The Lancet 2008 ; Destination Santé)

Une atteinte à la liberté de circulation des personnes ?

A contrario, certaines voix s’élèvent pour revendiquer le droit de toute personne, qualifiée ou non, d’émigrer pour des raisons personnelles ou professionnelle. A ce titre, Speranta Dumitru, chercheuse au Centre de Recherches Sens Éthique et Société, considère que « parler de fuite des cerveaux, c’est refuser de reconnaitre le droit fondamental des personnes à émigrer ».

Une opportunité pour les pays d’accueil et les pays d’origine ?

De leur côté, les pays responsables de ces politiques d’attraction des compétences considèrent qu’il ne s’agit en aucun cas de pillage des cerveaux, mais plutôt d’une opportunité pour les immigrés hautement qualifiés et leur pays d’origine.

Ils justifient leur politique d’attraction des compétences par l’idée que les immigrés hautement qualifiés conservent souvent des relations avec leur pays d’origine : la mobilité des compétences permettrait alors des transferts de compétences et d’argent utiles au pays d’origine.

Une erreur passée, corrigée aujourd’hui par la promotion des migrations circulaires ?

Les pouvoirs publics français affirment par ailleurs mener une politique d’attraction des compétences sans piller les cerveaux, en développant un système de « migrations circulaires ». Pour se justifier, la France met en avant le principe de la carte Compétences et talents, qui permet à des investisseurs, artistes, sportifs de haut niveau et porteurs de projets de tout genre de développer leur projet en France pendant 3 ans (renouvelable une fois), avant de regagner leur pays d’origine.

Est-ce une solution ?

Matthieu Loitron, chercheur et responsable du Centre d’Analyse et de Proposition pour l’Afrique, n’en est pas sûr :

Il pense que, « pour favoriser la circulation des cerveaux, il faut au contraire laisser aux gens la liberté d’aller et venir pendant un certain temps. Dès lors qu’on leur dit qu’au bout de trois ans ils devront partir, ils auront plutôt tendance à essayer de rester, un peu par tous les moyens, de peur de ne pas pouvoir revenir. Et s’ils partent, il y a peu de garanties pour qu’ils retournent dans leur pays d’origine. Ils privilégieront un autre pays de l’Union européenne ou les États-Unis par exemple. Limiter la durée du séjour à 3 ans part d’une intention relativement louable, mais cela paraît assez peu crédible d’un point de vue pratique. » (Source : Parisiens du bout du monde : La France veut-elle piller les cerveaux des pays en voie de développement ?)

Finalement, une question qui reste entière…

Liberté de circulaire, trahison envers le pays d’origine, ou abus des « pays du nord » qui font leur marché au détriment des « pays du sud »… le débat reste entier et mériterait qu’on s’y intéresse davantage…

C. B., Migration Conseil

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