Actu Immigration – 14-21 mars 2011 : surmédiatisation du thème de l’immigration ?
mars 21, 2011
“Le racisme envahit l’espace politique” ?
Sur le Quotidien Le Monde, Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme (LDH), fait part de son inquiétude sur l’extrême médiatisation du thème de l’immigration, trop souvent présentée comme le problème n°1 en France.
Il est vrai que cette semaine, l’immigration a encore fait la Une des journaux :
Ils ont beaucoup parlé de la fameuse phrase de Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur et de l’Immigration, sur Europe 1 : “Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.”
Également interviewé par le Monde, M. Guéant précisait : “Les Français ont le sentiment que les flux [migratoires] non maîtrisés changent leur environnement. Ils ne sont pas xénophobes. Ils veulent que la France reste la France.”
Prononcées dans un contexte de montée du FN, de durcissement de la politique d’immigration française et de débat controversé sur “l’islam et la laïcité”, ces annonces sont, selon l’opposition, très mal venues. L’UMP est accusé de faire le jeu du Front National (extrême droite française), en présentant l’immigration comme un danger.
Le FN utilise en effet beaucoup “‘l’épouvantail de l’invasion” pour attirer les voix des Français. Marine Le Pen s’est déplacée cette semaine à Lampedusa pour annoncer publiquement à son auditoire “l’Europe n’a pas la capacité de vous accueillir”.
Ces actualités posent la question de l’instrumentalisation de l’immigration à des fins politiques.
Pour contrer ce traitement politique et médiatique de l’immigration, un article intitulé “Le printemps arabe n’a pas entraîné de flux migratoire”, sur lemonde.fr (14 mars), s’attarde sur quelques vérités qu’il est bon de rappeler :
- L’immigration en Europe est à peu près stable depuis 20 ans : “selon la fondation Robert Schuman, en 2010 les immigrés représentaient 8,6 % de la population européenne, soit moins qu’aux Etats-Unis (12,9 %). Et des voix de plus en plus nombreuses estiment qu’avec le vieillissement de la population, l’Europe devra, à l’instar des Etats-Unis, faire appel à l’immigration pour maintenir sa force de travail à l’avenir.”.
- Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, les profils des immigrés en France sont très divers, avec une part importante de personnes diplômées.
Travailleurs sans-papiers
Le magazine “Témoignage Chrétien” donne des nouvelles du mouvement des travailleurs sans-papiers, dont on n’entend plus beaucoup parler ces dernières semaines. Ils ont évacué la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. En revanche, le Collectif des Sans-papiers de Paris (CSP 75) et les membres du « Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers » continuent de se rassembler chaque mercredi devant des institutions. A la mi-mars, ils étaient 350.
Les résultats du mouvement des travailleurs sans-papiers sont mitigés. Sur plus de 6000 grévistes, 3900 dossiers ont été déposés ; 1400 personnes ont reçu une autorisation provisoire de séjour (qui n’aboutit pas forcément à un titre de séjour) ; 200 ont été régularisés.
Loi sur l’immigration
L’Assemblée Nationale a adopté en 2ème lecture la loi sur l’immigration. L’amendement concernant la déchéance de la nationalité a été rejeté, mais le cur de la loi a été conservé.
Elle doit encore passer au Sénat avant d’être promulguée.
Un article paraitra cette semaine pour faire le point sur les dispositions attendues.
Immigration et printemps arabe
Sur Rue89 et le NouvelObs.fr, une avocate attire l’attention sur les entorses au droit que subissent les migrants arrivés récemment de Lybie, d’Egypte et de Tunisie.
Elle rappelle qu’ils ne sont pas forcément des migrants économiques et que, vu la situation dans ces pays, ils peuvent avoir besoin de demander l’asile politique à la France. Quelque soit leur situation, ils en ont de toute façon le droit. Or, elle souligne que plusieurs n’ont pas pu exercer leur droit de déposer une demande d’asile.
Elle dénonce également l’irrégularité de certaines arrestation, et regrette qu’on n’applique pas une disposition du droit européen selon laquelle il faut laisser un délai de quelques jours pour donner au migrant l’occasion d’un retour volontaire avant de décider son expulsion.
C.B., Migration Conseil


